
Dans la forêt de Bellécorce, au creux du chêne où Archibald Renard tient sa librairie, chaque animal qui le souhaite peut déposer le livre qu’il a écrit et espérer qu’il soit un jour acheté. Depuis que ses souvenirs le fuient, Ferdinand Taupe cherche désespérément à retrouver l’ouvrage qu’il a écrit pour compiler ses mémoires, afin de se rappeler les choses qu’il a faites et les gens qu’il a aimés. Il en existe un seul exemplaire, déposé à la librairie il y a des années. Mais justement, un mystérieux client vient de partir avec… À l’aide de vieilles photographies, Archibald et Ferdinand se lancent sur ses traces en forêt, dans un périple à la frontière du rêve, des souvenirs et de la réalité.
Mon avis :
J’avais entendu parler de Mémoires de la forêt. Plusieurs lectrices en disaient énormément de bien et, en pleine canicule, je me suis dit qu’une promenade dans la forêt de Bellécorce me ferait peut-être prendre un peu l’air.
J’ai pris un bol d’air, oui. Mais pas seulement.
Un bol d’air rempli d’amitié, d’amour, de vieillesse, de livres, d’histoires, de souvenirs… et de cette peur de ne plus réussir à se souvenir.
Archibald Renard est libraire. Il tient la librairie que son père tenait avant lui, et son grand-père avant encore. Dans ses amis, il y a Ferdinand Taupe, qui a beaucoup vécu mais dont la mémoire commence à lui échapper.
Ferdinand est atteint de ce que le livre appelle « la maladie de l’Oublie-Tout ».
Le terme est presque doux, alors que ce qu’il désigne ne l’est pas du tout.
Je trouve que c’est aussi une très belle manière d’aborder Alzheimer avec de jeunes lecteurs. Il permet de mettre des mots sur ce qui peut arriver à un grand-parent ou à une personne âgée de la famille.
Ferdinand cherche le livre dans lequel il avait rassemblé ses souvenirs.
Archibald l’accompagne et, ensemble, ils remontent la piste de son passé. Au fil du voyage, on découvre les animaux qu’il a connus, les endroits qu’il a traversés, les morceaux de sa vie qu’il ne parvient plus toujours à retrouver seul.
Et puis il y a Maude.
L’histoire de Ferdinand et Maude m’a beaucoup émue : l’amour, le temps qui passe et ce qu’il reste d’une relation quand les souvenirs eux-mêmes commencent à disparaître.
Ce qui m’a aussi beaucoup touchée, c’est cette idée que Ferdinand peut oublier, mais que les autres, eux, se souviennent encore.
Les personnes qu’il croise au cours de son voyage connaissent des morceaux de son histoire. Elles peuvent lui raconter ce qu’il a fait, qui il était, ce qu’il représentait pour elles.
Alors, même si Ferdinand finit un jour par perdre encore davantage de souvenirs, son histoire ne disparaîtra pas entièrement. D’autres pourront se souvenir pour lui.
J’ai trouvé ça très beau et touchant.
Malgré son sujet, ce n’est pas une lecture sombre.
Il y a beaucoup de tendresse dans cette forêt. Des rencontres, des personnages très différents, de l’entraide, de l’humour par endroits et cette sensation que, même lorsque les choses deviennent difficiles, Ferdinand n’est jamais complètement seul.
La mémoire peut s’effacer. Les souvenirs peuvent devenir flous. Certains peuvent disparaître. Mais ce que nous avons vécu avec les autres existe aussi dans leur mémoire à eux.
Quand on n’arrive plus à se souvenir soi-même, quelqu’un d’autre peut se souvenir pour nous.
J’ai lu les 320 pages de Mémoires de la forêt : Les Souvenirs de Ferdinand Taupe très rapidement et j’ai eu beaucoup de mal à quitter Bellécorce une fois arrivée dans les dernières pages 😭.
C’est une histoire jeunesse, mais pas une histoire réservée aux enfants. Tout le monde peut la lire.
Elle m’a fait sourire, elle m’a rendue triste, elle m’a attendrie et elle m’a donné, plusieurs fois, envie de prendre Ferdinand, Archibald et quelques autres habitants de cette forêt dans mes bras.
Un très joli voyage avec cette lecture.
