Interview : Loïc Tripier photographe

Par Callistta
interview

Loïc Tripier du site Pyrros.fr est passé sous le grill de mes questions.

Je lui ais posé mes questions au mois d’août et je poste l’interview en septembre.

Je le remercie grandement d’avoir accepté cette interview.

Pyrros est photographe et je l’ai connue sur un forum photo il y a plusieurs années.

Je vous souhaite une bonne découverte au fil des questions et réponses de cette ITW.

1. Bonjour, peux-tu te présenter?

Loïc TRIPIER surnommé Pyrros, né à Toulouse en 1983 (je ne mets pas l’âge parce qu’il change tous les ans, je vous laisse faire le calcul).
J’habite à Toulouse et je travaille à Toulouse.

Après une carrière dans l’animation socio culturelle je suis devenu photographe à mon compte.
J’ai toujours eu un appareil photo entre les mains. J’ai fait une pause lors de la transition de l’argentique vers le numérique. La faute aux finances et à la qualité du matériel.

J’ai ouvert un premier site codé à la main qui a vécu quelques semaines.
Puis un second que j’ai gardé durant 2 ans environ puis le site actuel : Pyrros.fr
Tous avaient pour objectif de partager mes photos avec mon entourage et les héros de mes reportages.

Jamais à ce moment-là je n’aurais pensé que la photo deviendrait mon travail.
Jamais je n’aurais pu penser que le nombre de lecteurs de mon site pourrait devenir ce qu’il est aujourd’hui.

Aujourd’hui, je travaille avec des entreprises, des associations parfois avec la presse.
Je suis polyvalent.
Je propose aussi des formations pour des photographes qui souhaitent se perfectionner et j’interviens dans des formations en ligne (CAP photo, BEP photo, BAC pro photo). Accessoirement, je suis aussi blogueur photo …

2. On se connait via un forum photo dont nous étions membres. Les forums photo cela t’as apporté quoi?

Pas exactement, on se connait parce que nous fréquentions le même réseau de blogs de photographes. 😉
Mais j’ai utilisé les forums.
Ils m’ont permis de développer un regard technique sur la photographie. D’apprendre les subtilités de la photographie.

Aujourd’hui, je traine sur des groupes facebook qui permettent de confronter les regards entre photographes et d’accompagner les photographes qui débutent.
On retrouve les mêmes problèmes que sur le forum l’organisation en moins. Les questions sont toujours les mêmes et leur récurrence est parfois effrayante. Mais au milieu de ce bazar, on croise de petites pépites.

C’est aussi l’occasion de présenter, expliquer rappeler ce que nous oublions trop souvent : le droit d’auteur.
C’est un véritable combat même avec des photographes qui se disent professionnels de l’image depuis plusieurs années et qui ne le respectent pas le droit d’auteur pour les images qu’ils utilisent.

Je m’investis aussi dans des groupes spécialisés sur les questions de droit d’auteur. Ce sont des groupes où l’on se retrouve entre photographes professionnels débutants et plus expérimentés.

C’est l’occasion de confronter nos pratiques sans tomber dans la facilité que proposent certaines start-up.
Dans ces groupes, on a parfois l’impression d’être dans un petit village d’irréductibles Gaulois, mais c’est ce qui permettra de sauver la photographie professionnelle.

3. Quel matériel photo utilises-tu principalement?

J’utilise du matériel canon.
En soi le détail n’est pas le plus pertinent.
Tant qu’il produit des photos, que celles-ci me correspondent c’est bien là l’essentiel.

Mon boitier est encore un APS-c comme quoi le full frame n’est pas une nécessité.
J’utilise le plus souvent un UGA (ultra grand-angle).
J’apprécie sortir des dogmes, telle optique pour tel usage.
Mais pour certaines photos, il m’est impossible de trop m’éloigner des conventions.

4. Aurais-tu un conseil à donner pour les personnes s'intéressant à la photo?

Il convient de différencier les personnes qui regardent des photos de celles qui en font.
Ce n’est pas la même approche.

Pour celles qui regardent les photos, il ne faut pas hésiter à soutenir les photographes.
Il faut aussi les encourager.
Mais il ne faut pas avoir peur des photographes, nous sommes aussi des êtres sociables même si parfois ce n’est pas le bon moment pour venir discuter.

Pour celles qui font des photos, il ne faut pas s’enfermer.
Il faut savoir être critique envers soi même et se remettre en question tous les jours.
Le matériel ne fait pas tout.
Il faut chaque jour se battre pour obtenir les photos que l’on souhaite réaliser.

C’est cette démarche qui permet de différencier le photographe d’instagram qui préfèrent le culte de la personne, de celui avec une vraie plus-value un vrai regard de photographe.

5. Qu'est-ce qui t’attire dans les photos d’orage ?

 

En photo, on peut presque tout prévoir, le sujet, la lumière, etc…
Parfois, on a quelques surprises.

Dans la photo d’orage, on peut prévoir beaucoup moins de choses.
C’est une véritable chasse, il faut se placer, réagir vite, se déplacer, etc…
Durant une chasse à l’orage on a tous les sens en éveil.

En plus de nous permettre d’anticiper sur l’orage, cela nous permet de rester en sécurité.
Oui, il faut le dire et insister : chasser l’orage est une activité qui comporte des risques.

C’est une activité d’observation et même si l’on rentre les mains vides on passe le plus souvent un bon moment, que l’on soit seul ou en groupe.

6. Pour une personne qui comme moi à toujours eut peur des orages, cela pourrait faire une sorte de thérapie d’assister à une séance photos d’orage?

Le plus souvent, nous avons peur de l’inconnu.

Je ne recommande pas de chercher à traiter l’astraphobie par la prise de vue de phénomènes orageux. Pour commencer, je recommande l’observation et la compréhension.

C’est assez simple il suffit généralement d’une fenêtre correctement orientée pour observer l’orage en toute sécurité.

La réalisation de photo lors d’un orage va détourner l’attention et risque de poser problème pour une personne qui a peur ou qui débute dans le suivi de phénomène orageux.

Il faut rester sur ses gardes et savoir sortir de cette espèce de tunnel dans lequel on se plonge quand on chasse un orage pour pouvoir dire STOP et assurer sa sécurité ou celle de ceux qui nous entourent sur le terrain. Les gens ne connaissent pas les consignes de sécurité à appliquer sous l’orage…

7. Je suis depuis longtemps, Xavier Delorme qui est chasseur d’orage, tu l’as déjà rencontré ?

J’ai souvent échangé avec Xavier via Facebook principalement.
Malheureusement, je ne suis jamais allé dans sa région ou sur un événement où nous aurions pu nous rencontrer.

De la même manière les quelques fois où il est passé à Toulouse il avait d’autres choses à faire.
J’admire ce qu’il a fait dans le domaine de la chasse aux orages en France.
Je regrette qu’il n’ait pas pu poursuivre son activité. Je ne connais pas toutes les raisons qui ont pu le pousser à choisir de fermer son entreprise.
Mais je sais qu’aujourd’hui vendre des photos de phénomène météorologique est impossible en France.

Des associations de passionnés jouent les agences photo et distribuent gratuitement des photos sans respecter le droit d’auteur !

Des photographes iraient jusqu’à tuer père et mère pour voir leurs clichés passer à la TV, pour que l’on parle d’eux.
Ils cherchent la gloriole, ne veulent que pouvoir se faire mousser le lundi matin à la machine à café.
Ils ne voient pas qu’ils piétinent le droit d’auteur, qu’ils assassinent des entreprises, qu’ils se font arnaquer par d’autres entreprises qui réalisent d’importantes économies sur leur dos.

8. Tu es resté un grand enfant avec les photos de Lego. Tu as des caisses remplies comme quand on était petits ?

Non je n’ai pas des caisses de Lego, mais si certains envisagent de mettre leurs lego au rebut pensez à moi ou plus sérieusement aux associations qui se chargerons de les redistribuer.

J’ai la caisse de quand j’étais gamin.
Il manque énormément de pièces.
Certaines ont terminé dans l’aspirateur d’autre ont été perdues (données) lors de déménagements et j’espère qu’elles font des heureux désormais.

Par contre, j’ai plusieurs tiroirs de mini-figurines dans lesquels je pioche les personnages qui constituent mes mises en scène.

C’est sur parfois il me manque des pièces, parfois il me manque des personnages.
Alors il faut se montrer créatif ou les commander via le web. Parfois, j’utilise Photoshop pour ajouter des éléments qui me manquent.

L’avantage des Lego c’est le côté universel et intergénérationnel.
Les adultes comme les plus jeunes ont la référence. Tout le monde ou presque à un jour joué aux Lego.

Si parfois on dit que le jeu vidéo a pris la place des jouets, il ne faut pas se tromper.
Les Lego survivent plutôt bien et devraient être un passage obligé pour tous les gamins.
C’est un jeu d’éveil qui développe la créativité, l’imagination, la logique, bref les Lego n’ont que des avantages.
Le principal défaut se trouve dans le prix, mais la qualité à un cout qui permet aux petites pièces d’avoir plusieurs vies.

Pour le photographe que je suis, il m’est possible de faire passer de très nombreux messages, de réaliser de très nombreuses illustrations avec les minifigurines.

Je peux faire mes photos à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Personne ne va se plaindre.

1. Tu photographies des pains au chocolat ou des chocolatines (oui, je sais question qui fâche).

Il faut les photographier ?
Je préfère les manger …

L’étiquette on s’en fout.
Ça prend des proportions qui me dépassent, toutefois cela souligne la bêtise de notre monde.

Le seul endroit où cette bataille est utilisée de manière maline c’est dans les commerces.
Quelques boulangers proposent des pains au chocolat et des chocolatines.
Ce ne sont pas les mêmes produits.
D’autres appliquent un tarif différent pour le même produit. Ça me fait rire.

Certains idiots ne comprennent pas la blague et ne savent pas s’arrêter dans le débat stérile.
Il faut convenir que le pain au chocolat n’est qu’une copie de la chocolatine.
Aujourd’hui, j’aimerais simplement que l’on me dise s’il faut dire crayon à papier ou crayon de bois …

10. Ton site Pyrros.fr a été ouvert en 2009, il a subi plusieurs changements. D’autres sont à venir ?

Il y a des changements presque quotidiennement.
Ils ne sont pas aussi visibles que le changement de l’habillage du site.
Mais au final ils sont importants.

Avec le confinement, j’ai commencé à reprendre certains articles, à en supprimer d’autres, à réorganiser certains menus.
Le travail est titanesque !
Au début du confinement, le site comptait 1’000 articles, aujourd’hui il en manque une grosse centaine que plus personne ne lisait.
C’est aussi ça la vie d’un blog.

Pour les habitués, ce sont des actions transparentes, mais cela apporte plus de confort à tout le monde.

11. Le confinement cela à été pour toi ?

Oui !
Cela n’a pas été une partie de plaisir de voir tout son planning subir une telle révolution du jour au lendemain.
Mais on fait avec.

Cela faisait déjà une très grosse semaine que l’on voyait arriver le confinement en France.
Certains reportages ont été reportés avant même que le confinement ne soit annoncé.

C’est une grosse contrainte pour une petite entreprise telle que la mienne.
Mais on fait avec et on tente de survivre.

D’un point de vue éditorial pour le blog cela m’a demandé de changer mon planning, mais cela m’a permis aussi de faire des choses que je ne prenais jamais le temps de faire.

J’ai beaucoup écrit durant le confinement.
J’ai un nombre de brouillons très conséquent.
J’ai des articles nombreux qui n’attendent qu’à sortir.
Mais je ne veux pas tout sortir d’un coup.

12. Et le déconfinement ?

Le dé-confinement est bien plus problématique.
Nous ne savons pas vraiment où nous allons.

Les informations changent très souvent ce qui impacte forcément les entreprises qui doivent sans cesse s’adapter.

Nous manquons d’une vraie culture de la gestion de crise et cela se ressent sur les actions que le gouvernement entreprend.
Au début du confinement il ne fallait surtout pas porter de masque aujourd’hui (19/8/2020) on annonce le port du masque obligatoire partout dans Toulouse et dans les entreprises.

Le dé-confinement souligne la bêtise de notre monde.
Tous les jours on peut observer que si il n’y a pas de loi et de sanction nous nous comportons n’importe comment.

Nous sommes incapables de nous auto-discipliner.
Il faut des lois pour que tout le monde porte son masque…
Je le vois lors de chacun de mes rares reportages entourés pas de nombreuses personnes.
Jusqu’à présent personne ne portait le masque sauf dans les zones où celui-ci est obligatoire.

A ce rythme j’ai peur l’on soit obligé de mettre des lois en place pour tout ce qui concerne la vie quotidienne.
Des lois qui remplaceront des règles de bon sens que certains oublient trop souvent…

Ce n’est que le début pour le moment on cherche à traiter la pandémie mais on va avoir les même lois concernant le respect de l’environnement.

Tout ceci à des conséquences sur mon entreprise, sur mon activité de photographe.
Les annulations sont encore nombreuses et très souvent discutables.
Mais on ne peut pas le reprocher aux clients.
Pour fonctionner nous avons besoin de cohérence et de stabilité nous avons de voir à moyen terme, pas d’avoir des informations différentes chaque matin.

13. Un site ou des sites que tu aimerais partager avec nous ?

J’ai très envie de partager la page de Sébastien Malo.

Il a développé sa technique, son regard en très peu de temps pour produire des photos qui ne manqueront pas de faire régir tout le monde.

 

14. Un dernier mot ? libre à toi

Arrêtez de seulement appuyer sur un bouton.
Comprenez ce que vous faites lorsque vous utilisez un appareil photo !
Devenez de vrais réalisateurs, ne soyez plus des press-boutons écervelés.

Formez-vous pas seulement à la technique, pas seulement à la captation d’émotion, mais à la photographie au sens large.

Instagram et les réseaux sociaux ce n’est pas de la photographie c’est seulement de l’ego !

*Toutes les photos de cet ITW appartiennent à Pyrros.fr

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